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Pédaler avant de travailler

 

Vigy, 04/02/2004, 7 h du matin.

Les lumières sont allumées, le cartable contient les vêtements du jour. En selle pour le trajet aller, 17 km vers mon lieu de travail à Metz.

Pour commencer, 2 kilomètres fréquentés, descendants et frigorifiants, avant l’itinéraire bis, tranquille et valloné. Vers l’Est, le ciel s’éclaircit puis s’irrise doucement : spectacle gratuit, infiniment changeant, infiniment magique. Les jours rallongent, la campagne dévoile ses charmes et c’est bon pour le moral. Charly-Oradour : sa rue du 10 Juin (1944), son monument ; 39 habitants de Charly, expulsés vers l’ "intérieur" comme tant de Mosellans, ont péri à Oradour-sur-Glane. Les lotissements n’ont pas encore rejoint Rupigny, hameau vestige, vraiment rural, avec un manoir et son vieux porche. Vers le Fort de St Julien les Metz, je monte lentement, pour ne pas transpirer, même par -10 °C, car si je couvre et recouvre mains, pieds et oreilles, le reste s’est réchauffé à l’énergie musculaire. La descente en ville, entre travaux et voitures, est délicate : je fais attention, tiens bien ma droite et n’ai pas l’impression de risquer ma vie. Un soir, en remontant, un bus quittant l’arrêt m’a laissé passer puis ne pouvait pas me doubler. Je me suis alors arrêté : échange de bons procédés. Pourtant je suis "faible" et pourrais miser sur la "victimisation", comme beaucoup. Certes, il y a trop de conducteurs agressifs ou inconscients, mais aussi trop de cyclistes peu coopératifs !

Au feu de la rue de l’Abattoir, point d’engorgement, mon fils patiente et moi je passe. Trois jours par semaine, nous lui laissons une voiture, et il pratique un co-voiturage alterné avec un autre étudiant du village. Piste cyclable du Bd de Trèves (c’est si rare à Metz) puis une rue cahotique coupée en deux avant un collège. Des parents s’y engagent, effectuent un laborieux demi-tour et se gênent pour que leurs enfants fassent 130 m en moins ! Belle leçon d’incivisme et de paresse ! Mais c’est vrai : 3/4 des français trouvent que la voiture est une nuisance en ville... et pourtant ils l’utilisent de plus en plus, pour un rien. Dans ce domaine aussi, c’est mieux quand d’autres font des efforts et puis, on trouvera toujours quelqu’un plus "dépendant" que soi... Je ressors mon mouchoir, pas pour en pleurer, mais le vélo me donne "la goutte au nez", inconvénient bien mineur car il me garde en bonne santé, même en roulant par tous les temps.

Sur la promenade des remparts, au statut imprécis, cyclistes, piétons et chiens se cotoient sans heurts. Après la porte des Allemands, la petite bande cyclable est "nettoyée" par des mises en fourrière, au grand dam d’un riverain... marchand de cycles ! Je me hâte pour passer au vert Place Mazelle : les feux sont synchronisés pour les autos, pas pour les vélos ! Cette fois, dans l’étroite rue d’Asfeld, je ne suis pas gêné par le camion des poubelles qui manoeuvre longuement pour rentrer dans le Commissariat de l’Armée de Terre. Pourquoi ne pousse-t-on pas les conteneurs vers la rue ? Place St Thiébaut, j’ai tordu plusieurs pneus entre les pavés et, en m’excusant, je prends un bout de trottoir. Tout près, on voit la "frontière" de la rue du Rempart St Thiébaut. A droite, la ville française, à gauche la ville allemande. J’y termine ma petite heure d’exercice. Cela m’a fait "économiser" 20 à 30 minutes en voiture, stériles et nuisibles, et 10 minutes de marche. Et si ça me prend en tout plus de temps, j’en passerai moins devant la télévision.

Notre abri couvert, sécurisé par une porte à badge, a suscité des adeptes ; militant du vélo, officiel ou officieux, je le signale volontiers. Habillé en cycliste, je monte aussi discrètement que je peux, inutile d’être trop remarqué. Quand, autrefois, un chef m’a dit "Vous allez à contre-courant ! On est à l’ère du TGV !", cela m’a marqué et découragé quelque temps. C’est ainsi... Pour beaucoup, ce qui est "normal" compte plus que ce qui est bien ou mal. Au moins, ici, on se montre conciliant, et c’est plus motivant.

Petit voyage aux toilettes pour me changer et j’entame ma journée en pleine forme. Avant de travailler, j’ai pris l’air, je me suis dépensé (modérément), et surtout, j’ai appliqué mes idées.

Publié le lundi 24 avril 2006.
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