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Intempéries et suspensions de cars réguliers

Une décharge de responsabilité facile de la préfecture
 

L’année 2010 se sera terminée sur des semaines au climat particulièrement rude. Dès novembre, les premières neiges tombaient, semant immédiatement la panique sur les axes de transport. Pour les automobilistes, et surtout les usagers des transports collectifs, les déplacements pendulaires devenaient tout de suite une aventure. En particuliers les usagers des autobus, soit les transports urbains de Metz (TCRM), et les cars interurbains (TIM), qui n’ont pas circulé pendant parfois plusieurs jours d’affilée.

En périphérie de Metz, le réseau TIM a été fortement perturbé. Pendant la première quinzaine du mois de décembre (c’est-à-dire avant les vacances de Noël), les cars interurbains ont été supprimés arbitrairement par la préfecture sept matins, soit la moitié des jours ouvrés, alors que parfois même il n’y avait pas de vigilance orange. Les autres jours, souvent enneigés aussi, les villages étaient inaccessibles aux autocars, qui ne quittaient pas les routes départementales. Le problème, c’est que les usagers n’avaient aucun moyen d’être informés en temps réel. Certains collégiens (principaux usagers) prenaient l’initiative de marcher jusqu’à la route départementale pour y attendre l’autocar. Malgré cela, on voit que la neige décrédibilise tout de suite les transports publics. Attendre un bus dont on ne sait pas où il va passer, quand il va passer, ni même si il va passer relève d’une aventure bien trop incertaine. Plus grave encore, le 13 décembre, la préfecture a cette fois pris l’initiative d’annuler les transports sur route en milieu de journée, si bien que des collégiens se sont retrouvés livrés à eux-mêmes, ne pouvant pas rentrer chez eux. Visiblement, les premiers épisodes neigeux qui avaient paralysé la région parisienne, et dont la presse avait lourdement moqué l’incompétence et la mauvaise gestion des pouvoirs publics a traumatisé ces derniers, qui ont fait preuve d’une paranoïa qui n’a échappé à personne. On aurait été en temps de guerre que les conseils de vigilance n’auraient pas été plus alarmants. Eviter les déplacements inutiles, il est toujours bon de le rappeler, mais la plupart ne le sont pas, et sont au contraire indispensables. Eh oui, il arrive qu’il neige. Cela n’est pas nouveau, et selon les climatologues, cela risque d’être de plus en plus rude sur le long terme. Mais cela n’a jamais empêché les Hommes de s’adapter et de passer outre, et ce serait le comble que plus l’Humanité progresse, que les technologies évoluent, et plus la société soit dépendante des aléas climatiques.

Alors que l’on peut constater de manière inquiétante que les intempéries paralysent de plus en plus le pays, les services de l’Etat ont renforcé artificiellement cette réalité. Vouloir assurer au mieux la sécurité publique face aux intempéries est une intention louable, pour autant les décisions prises par les préfectures n’ont pas eu cet effet. Le principe de précaution est appliqué à l’extrême, et en Moselle les restrictions ont été prises uniformément à tout le territoire alors que la situation n’avait pas la même ampleur d’un bout à l’autre. D’autre part, il est bon de rappeler que les conducteurs d’autobus disposent d’un droit de retrait, et peuvent refuser de prendre la route s’ils estiment que c’est trop dangereux. Il est certainement préférable de laisser la décision entre les mains d’un professionnel, qui plus est sur le terrain. Enfin, la suppression des transports publics ne supprime pas dans la foulée le caractère obligatoire du déplacement. Et c’est là où les décisions sont le plus critiquables. L’organisation spontanée de covoiturage étant compliquée, cela entraîne mécaniquement autant de voitures sur les routes enneigées que de clients dans les bus. Ainsi, au lieu d’avoir un véhicule conduit par un professionnel, on aura une multitude de voitures, chacune conduite par un non-professionnel. Autant dire qu’on y perd cruellement en matière de sécurité. En fait, la préfecture fait le travail à moitié. Sous couvert de sécurité publique elle supprime les cars, et c’est tout. « Débrouillez-vous ». Tel est le message à retenir. La préfecture n’ira certainement pas excuser l’absence ou le retard d’un salarié à son travail, sous prétexte que le trajet était trop dangereux. Cette décision est irresponsable car les conséquences n’en sont pas assumées. Les déplacements restant nécessaires, ils auront lieu quand même, avec les conséquences illustrées ci-dessus. S’il fallait limiter les déplacements, il aurait fallu que les gens n’aient plus à aller travailler et les enfants ne plus aller à l’école. Autrement dit banaliser la journée. En cas contraire, les transports collectifs doivent être systématiquement maintenus, plutôt qu’être les premiers sacrifiés. Mais faire demi-mesure n’est pas acceptable, les citoyens n’ont pas à se porter garant des décisions des préfectures. En particulier des enfants ne pouvant pas rentrer chez eux en fin de journée, anecdote particulièrement scandaleuse.

Le seul but de la suppression de ces autocars n’est que d’éliminer les risques d’accidents impliquant des véhicules exploitant une mission pour le compte du Pouvoir Public, contre lequel on pourrait se retourner. Le risque d’accident en général, quant à lui, augmente, c’est certain, mais au moins, si c’est deux voitures de particuliers, les Pouvoirs Publics (même si ce n’est pas l’Etat) ne peuvent pas être montrés du doigt puisqu’ils n’ont rien à voir là-dedans. Du moins en apparence.

Publié le samedi 26 mars 2011.
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