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Ligne TER de Bitche : une euthanasie entamée depuis longtemps

 

La voie ferrée entre Sarreguemines et Bitche fait régulièrement parler d’elle. Rendue célèbre par sa vétusté, elle est l’emblème lorrain des lignes secondaires du réseau ferré dont l’avenir proche est menacé.

RFF, propriétaire de la voie ferrée, et la SNCF le disent depuis longtemps ; sans intervention d’ici-là, la ligne devra être totalement fermée à toute circulation d’ici à peu près cinq ans, trop abîmée pour continuer à accueillir des trains en sécurité. A l’heure actuelle, des tronçons de ligne sont déjà ralentis jusqu’à 40 km/h. Malgré cela, le gestionnaire de l’infrastructure n’a prévu aucune rénovation.

Au moment où la ligne semble condamnée, la question se pose de savoir s’il en aurait été autrement sans problème d’infrastructure. En effet, l’organisation de la desserte est tellement mauvaise qu’on aurait voulu désertifier la fréquentation en dégradant le service qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Nous constatons régulièrement en France, des méthodes mises en place par la SNCF dans l’objectif de décourager les usagers s’obstinant à vouloir emprunter les petites lignes dont on voudrait faire la peau. Notamment au niveau de l’information, dont certains oublis stratégiques ou la mise en avant de solutions alternatives peuvent limiter l’usage de certains trains, mais aussi en rendant le service inadapté en toute discrétion. La méthode est très simple : pour assécher une ligne, on l’isole le plus possible du reste du réseau TER.

En ce qui concerne Bitche, le service a été certes bien conservé pour rejoindre Sarreguemines. La desserte se fait exclusivement par train (hors week-end), et maintenue à 6 allers-retours par jour. En revanche, dès qu’il faut aller au-delà, cela relève de l’aventure. Vers Sarrebruck, un seul train permet une correspondance à Sarreguemines dans chaque sens. Vers Metz, hormis l’aller-retour quotidien, cela demande en général de scinder le trajet en trois tronçons dont les deux ruptures de charges ne sont pas organisées et bien trop dissuasives pour être utilisées. En plus d’une grille horaire très contraignante, entre Béning et Sarreguemines, les usagers sont désorientés par un panachage de la desserte entre trains et cars, ne desservant pas les mêmes points d’arrêts. Les cars desservent une multitude de points d’arrêts mais les trajets restent directs et mettent au final guère plus de temps que les trains, qui ne circulent pas à une vitesse élevée. D’autre part, si les horaires des cars sont correctement articulés avec ceux des trains Metz – Forbach, il n’en n’est pas de même pour les trains, peu nombreux, dont les horaires sont quant à eux cloisonnés sans aucune logique. Départs deux minutes avant l’arrivée d’un train empêchant une correspondance, ou un quart d’heure après un car sur un trajet parallèle. A partir de là, comment s’étonner que ces trains circulent à vide ?

Sans aller jusqu’à systématiser les trains directs depuis Metz, on peut toutefois l’envisager à partir de Béning, en assurant une correspondance de ou vers Metz de manière systématique et apparaissant sur les fiches horaires. Ainsi, sans augmenter nécessairement le produit train x kilomètres, les moyens mis en place pourraient être largement optimisés. Certes, entre Sarreguemines et Bitche la ligne est à voie unique, et ne permet pas une souplesse maximale au niveau des horaires des six allers-retours quotidiens qui l’empruntent, pourtant il est toutefois possible de les rendre quasiment tous directs jusqu’à Béning, avec une correspondance organisée avec les trains de Metz, et ce, sans retoucher les horaires de Metz – Forbach (en revanche, la grille de Béning – Bitche serait à revoir totalement). Enfin, l’utilisation d’autocars serait optimisée en créant une ligne directe Sarreguemines – Forbach, où il n’y a pas de chemin de fer, et qui relève, elle, du réseau régional. Contrairement aux points d’arrêts dans des villages comme Ippling, dont la desserte est du ressort du réseau interurbain départemental.

Même pour ceux qui considèrent la ligne comme déjà morte, et que son arrêt étant acté il ne sert plus à rien d’y améliorer quoique ce soit pour les quelques années de sursis qu’il reste, c’est l’ensemble de la desserte de Sarreguemines qui est malmenée, et dont l’étoile ferroviaire serait fragilisée par la fermeture d’une de ses branches (quelques années après la résurrection de la branche de Sarre-Union !). Doit-on se préparer dans le futur à une desserte de Sarreguemines uniquement vers Béning et exclusivement par autocar (et le tram-train de Sarrebruck) ? Alors que ne serait-ce qu’avec les moyens déjà mis en place on pourrait faire déjà tellement mieux.

Publié le samedi 26 mars 2011.
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