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RD 1 bis : encore un projet inefficace

Le projet entre Bousse et Stuckange du CG57
 
Le conseil général de Moselle projette une nouvelle voie visant à dédoubler la route départementale 1 au niveau de Bousse-Guénange. Cette voie traverserait la forêt entre Bousse et Rurange les Thionville et déboucherait entre Stuckange et la rocade de Yutz.
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Carte du projet D1bis

Situation

La rive droite de la Moselle entre les agglomérations de Metz et Thionville a plutôt bien résisté à la pression immobilière et industrielle. Contrairement à la rive gauche, et mis à part quelques grosses implantations anciennes telles PSA à Trémery, le paysage reste plutôt rural. Pour autant, d’années en années, des emprises agricoles disparaissent les unes après les autres pour laisser place à des espaces industriels et commerciaux ou des lotissements.

La route irrigant cette rive droite est la D1. Alternative intéressante à l’A31sa fluidité et le peu d’obstacles qu’elle franchit (peu de traversées urbaines notamment) a renforcé son attractivité. Depuis longtemps, elle a été aménagée progressivement, évitant les traversées d’Ay-sur-Moselle, Bousse, et limitant celle de Guénange. D’autre part, elle a été aménagée à 2x2 voies entre l’A4 (Argancy) et Ay.

Malheureusement, ses avantages ont accéléré des implantations à ses abords, ce qui a eu pour conséquence d’y multiplier les carrefours, généralement des giratoires qui font perdre l’intérêt d’une 2x2 voies lorsqu’ils sont nombreux. Sur sa partie la plus au nord, et la moins aménagée, la D1 draine des flux importants, venant essentiellement du sillon mosellan et du Plateau lorrain vers le bassin de Thionville (souvent vers Luxembourg). Ainsi, les traversées de Guénange, Illange et surtout Bertrange sont engorgées, y compris par un fort trafic poids-lourds généré par les zones d’activités, ce qui dégrade le cadre de vie local.

Le projet du CG57

Le Conseil Général considère l’aménagement de la D1 de la manière suivante : entre l’A4 et Ay, elle est aménagée, et entre Ay et Thionville, cela reste à faire. Or si l’aménagement en question de la partie sud a consisté à un doublement sur place de la route existante, la partie nord a été envisagée par une route nouvelle. Celle-ci s’écarterait du tracé actuel suivant la Moselle au nord d’Ay, traverserait la forêt de Blettange entre Bousse et Rurange, passerait à l’est de Guélange, puis entre Guénange et Reinange et irait raccorder la RD918 entre Stuckange et la rocade de Yutz. Cette route serait à 2x2 voies, et les carrefours seraient aménagés en giratoires.

Le Conseil Général, maître d’ouvrage, présente cette route comme une déviation des traversées de Bertrange et Guénange.

Ce qui ne va pas

Il saute aux yeux que ce projet serait dévastateur pour l’environnement de ce secteur encore relativement préservé. Mais l’idée peut paraître séduisante car elle pourrait créer une alternative à une A31 très chargée sur la section parallèle. C’est ce message qui est régulièrement relayé par les défenseurs de cette route : « elle pourrait délester l’A31 en cas de perturbation accidentelle ».

AGIRR a en effet toujours considéré cet axe comme pouvant délester l’A31, mais pas n’importe comment. Cette route doit garder une vocation de desserte locale ; jamais nous n’avons envisagé d’y transférer le trafic international de poids-lourds. Cette route aurait plutôt pour vocation de collecter le trafic de la rive droite de la Moselle et de le diriger vers Thionville ou vers l’A4, pour éviter que ce trafic n’aille engorger les franchissements de la Moselle et les échangeurs de l’A31 entre Hauconcourt et Richemont. Or, pour cela, il faut que la D1 soit crédible, sans quoi le trafic l’ignore et rejoigne directement l’A31. Autrement-dit, il est souhaitable que la D1 soit une route efficace, entre Argancy et l’agglomération thionvilloise. AGIRR n’est donc pas opposée à des aménagements de cette route stratégique.

Pour autant, le projet proposé, au lieu de se calquer sur les flux existants, raccorde la D1 à la rocade de Yutz, c’est-à-dire qu’elle du sillon lorrain pour proposer un itinéraire marginal, au lieu de répondre à la demande. En effet, vers le nord les automobilistes se dirigent vers Thionville, et surtout vers Luxembourg (donc via l’A31). Le flux vers l’Est est minoritaire ; il est clair que ce ne sont pas les flux entre Koenigsmacker et Guénange qui peuplent massivement la D1. En réalité, le projet n’est pas d’une déviation de Bertrange, Guénange et Bousse, puisque la route, en évitant ces localités, ne se raccorde pas à la D1 au nord, au niveau d’Illange. Ce projet routier passe à côté de ses objectifs.

De plus, cette route future dont l’intérêt et la fréquentation seraient mauvais est un projet pharaonique qui n’y va pas par demi-mesure : il est prévu plus de 9 km de route à 2x2 voies en site totalement nouveau, détruisant 150 hectares de terres agricoles et d’espaces forestiers. Ce faisant, il est en contradiction totale avec les exigences d’une Directive Territoriale d’Aménagement (DTA) en vigueur sur le secteur, et qui réglemente le maintien de la qualité des ceintures forestières et des terres agricoles. En outre, du fait du grand nombre de giratoires prévus sur le long du tracé, on risquerait de retrouver la même situation qu’au sud d’Ay, où la vitesse moyenne est plus basse que la partie au nord d’Ay, car elle impose de nombreux ralentissements, voire de plus en plus souvent d’arrêts, et une vitesse réajustée en permanence ; c’est-à-dire la configuration la plus défavorable en terme de consommation de carburants et de pollution. Il vaut mieux assurer une route sans obstacles et à carrefours dénivelés, quitte à ce qu’elle soit à 2 voies, plutôt qu’une route à 2x2 voies pleine d’obstacles.

Enfin, une nouvelle route n’arrive jamais seule et sans conséquences périphériques. En effet, si le tracé n’est pas en mesure de drainer l’essentiel du trafic de la D1, lequel continuera à rejoindre l’A31 via la route actuelle, l’apparition d’une nouvelle route de cette ampleur aura forcément pour conséquence d’attirer du trafic nouveau. En effet, contrairement à une déviation classique d’une route entre deux points de celle-ci, le projet va créer une connexion nouvelle qui va modifier l’organisation des déplacements routiers dans la région, et contribuera à augmenter le trafic automobile. Cette prétendue solution routière n’est donc finalement qu’un fantasme d’élus obnubilés par le macadam, qui prétendent régler l’engorgement du sillon lorrain à grands coups de bulldozer, sans étudier sérieusement les flux et se poser réellement la question de l’efficacité.

Nous n’évoquerons pas dans le détail les volontés que pourrait avoir Patrick Weiten, Président du Conseil Général de Moselle et élu de Yutz à créer une desserte privilégiée de la « mégazone » de Yutz, qui peine à voir le jour.

Débouchés et propositions alternatives

Le trafic de la D1 est effectivement préoccupant, mais il faut traiter le problème qui se pose et non y greffer des flux supplémentaires.

Les ralentissements de la D1 ont lieu sur la partie sud, déjà aménagée à 2x2 voies, en raison des nombreux giratoires qui s’enchaînent et cassent le débit permis par la 2x2 voies et qui ont pour effet de provoquer des accélérations et freinages sans arrêt, désagréables pour le conducteur et au bilan carbone catastrophique. A l’inverse, la partie nord, bien qu’à 2 voies seulement est régulière et comporte peu d’obstacles, la circulation, quoique chargée, est plus régulière et plus agréable. Finalement, ce n’est pas forcément sur la partie nord que les aménagements sont prioritaires. D’une manière générale, il faudrait penser à déniveler les carrefours, et assurer à la D1 une linéarité sans obstacles créés par des giratoires, voire des carrefours à feux. Les aménagements de la section nord peuvent aller dans ce sens-là. Au lieu de créer un parcours nouveau, inutile et dévastateur pour l’environnement, on peut réaliser des aménagements ponctuels améliorant le confort et la sécurité des usagers.

Par exemple, au niveau du giratoire de Bousse, la D1 peut être abaissée en déblai, et le giratoire transformé en carrefour dénivelé, moins dangereux pour les piétons et réduisant l’effet de coupure de la route (à l’image du souterrain piéton sous la route plus au nord). De même à Guénange. Il est difficile d’éviter cette ville étendue en transversale touchant la Moselle et remontant loin dans l’arrière-pays. La route pourrait garder son itinéraire actuel, mais la coupure peut être atténuée à l’aide d’une trémie, complétée de dispositifs antibruit. Dans la même idée, d’autres franchissement peuvent être créés, et réunir les deux parties de Guénange, aujourd’hui coupés physiquement par une route importante.

Au nord de Guénange, plusieurs sénarios sont possibles, mais dépendent de ce que doit être la répartition des trafics entre l’A31 et la D1. Soit on considère que la D1 doit naturellement se déverser sur l’A31 une fois que celle-ci rejoint la rive droite, et on oriente le trafic sur le demi-échangeur d’Uckange, ou bien on considère que les trafics doivent rester séparés aussi longtemps que possible avant l’arrivée à Thionville, et que la D1 doit servir à alléger l’A31, auquel cas on peut réaliser un contournement de Bertrange par une route franchissant l’A31 puis la longeant à l’ouest jusqu’à Illange ; ce dernier village est déjà dévié, et raccorde la D1 à la rocade de Yutz. Quoiqu’il en soit, il est fondamental que ces aménagements contribuent à fluidifier la circulation, éviter tous obstacles, de manière à rendre la D1 crédible face à l’A31 pour le trafic local.

Publié le dimanche 22 janvier 2012.
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