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Voie ferrée Sarreguemines - Bitche : le coup de grâce ?

 
Alors que son trafic est totalement arrêté depuis maintenant plus d’un an, la ligne TER de Bitche n’en finit plus de faire parler d’elle.

Ces dernières années, RFF et la SNCF tiraient régulièrement la sonnette d’alarme : l’état de vétusté de la ligne lui présageait une mort à moyen terme. En mars 2011, nous avions déjà dénoncé les pratiques des exploitants ferroviaires pour vider la liaison TER de son trafic, avec notamment une grille horaire rendant les correspondances très difficile avec le reste du réseau. Comme s’ils anticipaient un arrêt planifié. Malheureusement, le temps nous a rapidement donné raison.

Petit rappel historique des faits.

Quelques mois plus tard, un éboulement sur la voie endommage légèrement celle-ci. Dès le 18 décembre 2011, la circulation est stoppée et la SNCF envoie des cars de substitution.

La voie est rapidement dégagée, mais est endommagée. C’est là que commence un incessant renvoi de balle entre les différentes parties. RFF considère avoir rempli sa mission, des trains pouvant de nouveau circuler en théorie. Oui, mais en pratique, un ralentissement à… 10 km/h est imposé sur quelques centaines de mètres. La SNCF refuse de renvoyer des trains dans ces conditions et maintient les cars de substitution. La région quant à elle, se satisfait du service rendu et refuse de contribuer à une réparation de la voie.

Pourtant, au cours du printemps, des travaux de réparations sont entamés par RFF. Il ne s’agit que de collage de rustines, mais qui permettraient aux trains de circuler dans les conditions antérieures. Dès lors, la Région se veut rassurante, et le vice-président Hatzig prévoit une réouverture pour la fin août. Ce discours sera confirmé par un représentant du Conseil Régional lors de l’AG d’AGIRR du 29 juin 2012.

Oui mais voilà, aucun changement n’est effectué à cette date. la Région ne se serait finalement pas satisfaite des conditions de circulation offertes après les modestes travaux. Est alors évoqué un audit demandé à la SNCF par la Région. Celui-ci devait être rendu pour le 1er novembre.

Le 7 novembre, le Républicain rapporte que le fameux audit attendu est au point mort, méconnu de M. Hatzig lui-même.

Dans la fiche horaire de la ligne 17, valable à compter du 9 décembre 2012, les trains sont retirés, remplacés par des autocars, ce qui en retire le caractère provisoire.

Qu’en conclure

Au travers de ces revirements successifs, plusieurs éléments laissent songeurs. En particulier les prétextes utilisés les uns après les autres pour échapper à une reprise du trafic. Tout d’abord, l’état d’endommagement de la voie, et le ralentissement très lourd qu’il aurait provoqué à la hauteur de 10km/h est relativement convainquant, si on oublie de préciser que depuis plusieurs années une importante portion de la ligne était déjà ralentie à 40 km/h, et ce sans que personne ne trouve quelque chose à y redire. Finalement, ce ralentissement ponctuel supplémentaire n’aurait pas dégradé drastiquement la qualité de service plus qu’elle ne l’était déjà… Et pourtant, c’est ce même argument qui sera repris par la SNCF pour refuser la reprise du trafic. Motif : les trains circulent trop lentement à tel point que les cars arrivent à atteindre des temps de parcours équivalents. C’est également vrai, mais c’était là encore déjà le cas avant l’accident. Il n’y a donc rien de nouveau. La SNCF refuse donc de faire circuler des trains dans les conditions où ceux-ci circulaient avant.

Le message est donc clair : même en collant des rustines pour maintenir le niveau de service minimal auquel on était tombé, la SNCF est bien décidé à avoir la peau de la ligne Sarreguemines – Bitche. Après avoir méthodiquement découragé son utilisation par une offre inadaptée, elle a sauté sur la première occasion pour fermer le trafic et bloquer sa reprise. Actuellement, les derniers usagers qui s’obstinaient à utiliser les trains sont découragés par un service de substitution routière qui accentue la chute du trafic. Car les nombreux exemples similaires de transferts du train au car ont montré que cela diminuait en moyenne la fréquentation d’une ligne de moitié. Le cercle vicieux poursuit ses ravages annoncés : la fuite massive des derniers usagers sera utilisée à son tour pour éviter le retour du train… et à terme la réduction voire la disparition des autocars à leur tour.

Publié le samedi 16 février 2013.
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