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Barreau Toul-Dieulouard

Une autoroute nouvelle qui ne servira pas
 
Le barreau Toul – Dieulouard peut paraître logique et séduisant. Oui mais voilà, un certain nombre d’éléments viennent contredire cette vision simpliste.

Certes, ça fait joli dessiné sur une carte. Cela offrirait une meilleure continuité à l’A31 et raccourcirait l’itinéraire nord-sud de 12 kilomètres. Enfin, cela permettrait d’éviter la longue traversée de Nancy fortement encombrée. L’agglomération nancéienne serait dans le même temps déchargée du transit nord-sud sans que son accessibilité soit dégradée.

Oui mais voilà, un certain nombre d’éléments viennent contredire cette vision simpliste.

Un potentiel de trafic très faible

Globalement, le trafic de transit occupe une part faible sur l’A31, et en particulier sur les tronçons les plus chargés. Sur la traversée de l’agglomération nancéienne, seuls 15% des véhicules sont en transit. Entre Nancy et Toul, le transit est plus élevé (30%), mais il s’agit pour la majorité de flux est-ouest qui évitent l’A4 payante (à l’ouest de Toul, la N4 est plus fréquentée que l’A4 parallèle, alors que c’est cette dernière qui dessert les principales villes entre la Lorraine et Paris (Reims et Châlons). D’un autre côté, beaucoup de véhicules entre Metz et Nancy poursuivent leur parcours vers Lunéville ou Epinal. Ainsi, l’Etat estime le trafic sur Toul – Dieulouard à seulement 18 000 véhicules par jour. Et encore, le chiffre est probablement surestimé. Il correspond à la totalité du trafic de transit entre Toul et Nancy, dont la majorité circule d’est en ouest (entre St-Dizier et l’A33) et ne serait pas concerné par le barreau. Le barreau Toul – Dieulouard concernerait finalement peu de monde, ce qui pose un problème pour son financement.

Une infrastructure déficitaire

Conséquence du faible trafic attendu : même le péage, utilisé comme solution miracle par l’Etat pour financer les grandes infrastructures, ne suffit plus. A l’instar des dernières autoroutes construites (A65, A19), l’Etat se retrouve pris en étau entre des prévisions de trafic de plus en plus faibles (car le réseau autoroutier national est terminé, ne reste donc que des liaisons secondaires), et des concessionnaires de plus en plus gourmands. Résultat ? l’Etat compense lui-même le manque à gagner. Le barreau Toul – Dieulouard, pour un coût de 400M€ nécessiterait une subvention d’équilibre d’environ 50M€/an.

Ainsi, nous paierons l’autoroute deux fois : une première en tant qu’usager, une seconde en tant que contribuable.

Un territoire sacrifié

Alors que malgré sa proximité avec le Sillon Lorrain le plateau de Haye a été épargné au nord de la Moselle, on voudrait le taillader d’une autoroute. Une nouvelle coupure territoriale sur cet espace préservé. Il n’y est même pas fait de recherche d’économie foncière : il est prévu de réaliser une autoroute contournant Toul parallèle de quelques centaines de mètres de l’existante, quitte à encercler la Bouvade et Chaudeney-sur-Moselle. Le rapport sur l’état de l’environnement lui-même mentionne une richesse exceptionnelle des territoires traversés, que ce soit dans les vallées autour de Toul ou sur le plateau, qui, malgré toutes les mesures de compensation, ne pourra être conservée dans l’intégralité.

Le barreau Toul-Dieulouard est donc une nouvelle balafre sur notre territoire pour une infrastructure qui ne servira qu’au transit. Les Lorrains n’en auront qu’un usage anecdotique et n’en profiteront même pas indirectement puisque l’A31 dans le sillon ne sera pas soulagée significativement. Enfin, les locaux du plateau de Haye connaîtront une dégradation de leur territoire sans avoir l’utilité de l’autoroute, puisqu’aucun échangeur n’y est prévu et qu’une route efficace, rectiligne et sans traversée de village permet déjà une bonne accessibilité du plateau depuis Toul et Dieulouard.

La nouvelle autoroute Gye - Dieulouard encourage l’augmentation d’un transit routier à travers la Lorraine, qui y apporte des nuisances mais aucune plus-value, tandis que les Lorrains n’en profiteront pas. Elle est inutile, destructrice et coûteuse.

Publié le dimanche 26 avril 2015.
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